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RIA Novosti

Tribune libre

La bataille d'Astrakhan

Hugo Natowicz
11:00 20/04/2012
"Impressions de Russie" par Hugo Natowicz

Depuis la mi-mars, la ville d'Astrakhan, sur la Volga, est le théâtre d'un bras de fer entre pouvoir et opposition, cette dernière affirmant s'être fait voler sa victoire aux élections municipales.

La tension monte à Astrakhan. Cette ville d'environ 500.000 habitants, située à l'embouchure de la Volga, est parcourue par un vent de révolte depuis les élections municipales du 4 mars dernier, officiellement remportées par Mikhaïl Stoliarov, représentant du parti au pouvoir Russie unie, avec 60% des voix. Oleg Cheïne, son rival de Russie juste, un des trois partis d'opposition représentés au parlement national (Douma), affirme que l'élection a été émaillée de fraudes et exige la tenue d'un nouveau scrutin.

La défaite de M. Cheïne est-elle imputable aux fraudes? C'est peu probable, tant l'écart avec M. Stoliarov (30% des voix contre 60%) est éloquent. Pour étayer leurs revendications, les observateurs proches de M. Cheïne affirment avoir détecté des fraudes massives dans environ 200 bureaux de votes où les bulletins étaient décomptés manuellement, et que Cheïne est arrivé en tête dans huit des dix bureaux de vote équipés de système de dépouillement automatique. Ceci devrait dans tous les cas, à leur sens, entraîner l'annulation pure et simple du scrutin.

M. Cheïne a entamé le 16 mars une grève de la faim en compagnie d'une vingtaine de ses partisans. Une démarche radicale, qui a conféré à la situation à Astrakhan une importante résonnance sociale et médiatique. "J'ai perdu dix kilos, et je ressens une fatigue généralisée. Mais personne n'a l'intention d'abandonner", écrivait-il récemment sur son blog.

L'opposant du Front de gauche Sergueï Oudaltsov, connu pour ses démêlés avec la police lors de manifestations non autorisées, s'est joint à la grève de la faim par solidarité. Les figures de proue du mouvement lancé par l'opposition suite aux élections législatives de décembre 2011, notamment le blogueur Alexeï Navalny, ont convergé sur Astrakhan pour attirer l'attention sur le conflit qui secoue la ville. La "Paris Hilton russe", Ksenia Sobtchak, s'est elle aussi fendue d'un déplacement. La mobilisation reste pourtant modeste sur le terrain: environ 200 militants (selon la police) étaient rassemblés mercredi 11 avril sur la place centrale de la ville, meeting qui s'est soldé par plusieurs interpellations.

Second souffle
Ces événements constituent le premier bras de fer sérieux mettant aux prises pouvoir et opposition depuis le cycle électoral (législatives et présidentielle) de fin 2011-début 2012. S'il se situe dans la continuité de la vague de contestation qu'a connue la Russie ces derniers mois, le mouvement en cours à Astrakhan y apporte pourtant quelques touches nouvelles.

Les scrutins au niveau national de fin 2011-début 2012, émaillés de fraudes, avaient donné lieu à un mouvement de contestation, au départ spontané, visant à exiger la tenue d'élections honnêtes. Les fraudes électorales, prétexte au mécontentement plus qu'elles n'en étaient la cause, avaient constitué pour la classe moyenne aisée et urbaine une occasion d'exprimer ses frustrations légitimes face à la corruption dans le pays et à un système politique verrouillé. Rapidement, une cohorte hétéroclite de politiciens issus des années 1990 et de leaders de nouvelle génération ont tenté de récupérer les mots d'ordre du mouvement pour chercher à prendre le pouvoir et à discréditer le système politique russe actuel. Suite à l'élection présidentielle remportée par Vladimir Poutine en mars, la contestation avait toutefois connu un essoufflement notable.

Le conflit d'Astrakhan témoigne d'une modification dans la stratégie des opposants. Les sautes d'humeur populaires de fin 2011, principalement concentrées dans la capitale russe sur fond d'élections nationales, pourraient s’étendre aux régions à l'occasion de scrutins ponctuels au niveau local. Ce changement de cap témoigne d'une volonté de pérenniser la lutte sur le long terme, et à enraciner les mots d'ordre de l'opposition dans la province russe, jusqu'à présent peu ou prou insensible à cette rhétorique.

Deuxième aspect notable: une scission s'esquisse au sein de l'opposition représentée au parlement, qui se caractérisait jusqu'à présent par sa relative loyauté vis-à-vis de Russie unie et son attachement au système politique russe. Le fait qu'Oleg Cheïne appartienne au parti Russie juste témoigne de la fin du consensus au sein de la Douma. Les députés du parti Russie juste ont d'ailleurs interpellé le premier ministre Vladimir Poutine sur la crise d'Astrakhan alors que ce dernier intervenait récemment à la Douma, avant de quitter ostensiblement l'hémicycle. Cette action des députés de Russie juste a constitué  le coup de force le plus spectaculaire de l'"opposition loyale" (parlementaire) depuis 2009, quand les trois partis d'opposition avaient boycotté la Douma afin de protester contre des fraudes. Mis au pied du mur, M. Poutine s'est alors étonné que M. Cheïne se soit empressé d'entamer une grève de la faim avant même de contester en justice les résultats de l'élection. Un détail qui a également supris de nombreux commentateurs.

Radicalisation des actions; dynamique de solidarité entre les mouvements dits "hors-système" et une partie de l'opposition parlementaire; dispersion géographique de la protestation: cette nouvelle donne indique que la contestation cherche un nouveau souffle. Avec l'espoir, encore timide, de s'installer dans la durée. 

 

 

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

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