USD30/0735.6339+0.2882
EUR30/0747.8635+0.3836
RIA Novosti

Tribune libre

Ancien nouveau président

Dossier: Vladimir Poutine élu président de la Russie

Hugo Natowicz
15:36 06/03/2012
"Impressions de Russie" par Hugo Natowicz

Le score impressionnant de Vladimir Poutine ne doit pas faire illusion: sa présidence devra s'adapter à une société russe en mutation rapide.

L'élection de Vladimir Poutine pour un troisième mandat présidentiel dès le premier tour, avec 63,3% des voix, a de quoi impressionner, surtout si l'on compare ce chiffre avec les scores mitigés de ses homologues d'Europe de l'Ouest, habitués à être élus sur le fil du rasoir.

Le résultat du premier ministre, aussi élevé soit-il, est inférieur à celui de 2004 (71% des voix), avec une perte de quatre millions de voix. Un score moindre que celui obtenu par Dmitri Medvedev en 2008, qui, avec 71,5% des suffrages, enregistrait le résultat le plus élevé jamais obtenu dans l'histoire des présidentielles russes. Ce recul, relatif et limité, peut être mis sur le compte de la crise économique qui a frappé la Russie, et d'une certaine érosion du pouvoir.

Le score de Vladimir Poutine contraste en revanche nettement avec celui enregistré, lors des législatives de décembre 2011, par le parti Russie unie. Des élections marquées par des fraudes qui ont constitué le prétexte (plus que la cause) à un mouvement de contestation sans précédent en Russie depuis 20 ans. Le fossé entre le résultat de M. Poutine et celui du parti qu'il préside (sans en être officiellement membre, ce qui a son importance) est éloquent: en décembre, le parti avait obtenu 49,3% des suffrages, soit un décrochage de près de 15% depuis les précédentes législatives.

On peut y voir un trait spécifique de la psychologie russe: lors des législatives, on élit des députés, souvent considérés par la population comme des arrivistes responsables de la corruption et des problèmes du quotidien. En tant que personnages subalternes, ils sont généralement perçus avec une méfiance teintée de mépris. Lors de la présidentielle, les Russes élisent un chef, qui jouit d'un respect et d'une cote de confiance bien plus élevée.

Ceci explique en partie pourquoi dès le lancement de sa campagne présidentielle, Vladimir Poutine a pratiqué une tactique de "désarrimage" vis-à-vis du parti au pouvoir, devenu encombrant, qu'il est même allé jusqu'à critiquer par le biais d'intermédiaires. "Russie unie a commis beaucoup d'erreurs", commentait mi-janvier le chargé de campagne de M. Poutine, le cinéaste Stanislav Govoroukhine. A l'apogée des manifestations de grande envergure principalement concentrées à Moscou et Saint-Pétersbourg, Govoroukhine expliquait que "Russie unie ne représente qu'une petite couche de la société. Le Front populaire, voilà le pays". Le Front populaire panrusse: un mouvement aux contours flous chargé de fédérer autour de la personne de Vladimir Poutine associations, syndicats, et mouvements divers, en créant une vaste assise électorale en vue du scrutin présidentiel.

L'avenir de Russie unie est donc incertain: se dirige-t-on vers une forme de bipartisme? On pourrait l'imaginer, Poutine ayant conseillé à Mikhaïl Prokhorov, arrivé troisième de la présidentielle en mobilisant l'électorat progressiste, de fonder son propre parti. Les rumeurs d'un éventuel démembrement de Russie unie laissent également augurer des bouleversements sur la scène politique russe.

Face à la contestation
Comme l'a démontré la perte de vitesse de Russie unie et la grogne populaire, la stratégie de rassemblement inconditionnel de la société derrière Vladimir Poutine a vécu. Les manifestations organisées le 5 mars, soit le lendemain même de la présidentielle, et le fait que la chaîne Pervy kanal diffuse désormais de longs reportages consacrés à la contestation, montre qu'une soupape à "sauté". Une partie des classes urbaines aisées ne se reconnaît plus dans le système mis en place autour de Vladimir Poutine.

Cette tendance est flagrante dans la géographie du vote: à Moscou, Poutine a obtenu 46,95% des voix en 2012, contre 68,61% en 2004. Le résultat est au même niveau que Russie unie, "tête de turc" des manifestants (aux côtés de Poutine lui-même et de la Commission électorale centrale, critiquée pour les infractions détectées lors du scrutin). Forte perte de vitesse également à Kaliningrad, "exclave" russe au milieu de l'Union européenne, qui a été le théâtre de très importants mouvements de contestation contre Poutine dès 2010. Le vote de la Russie européenne et urbaine semble moins favorable à Vladimir Poutine. En 2012, le "président entrant" est en dessous de 60% des suffrages dans 35 régions, contre trois seulement en 2004.

Il serait toutefois bien hasardeux de conclure que le mouvement de grogne a déstabilisé le pouvoir dans l'ensemble du pays: en réalité, il pourrait même avoir rassemblé une partie de l'électorat conservateur derrière Poutine, afin de conjurer le spectre d'une révolution orange, et d'un retour vers une nouvelle période de "temps des troubles".

Néanmoins, les revendications des manifestants ne semblent pas faiblir, et le mouvement devrait continuer à exercer une pression tenace sur le pouvoir. Si les mécontents ne sont pas majoritaires en nombre, le phénomène révèle toutefois des changements de fond qui devraient vraisemblablement s'accentuer. Ne serait-ce que parce que démographiquement, Moscou et Saint-Pétersbourg cumulent 11,4% de la population du pays, une tendance qui ne fait que s'intensifier.

Ella Panfilova, ancienne présidente du Conseil présidentiel pour le développement de la société civile, note dans un rapport émis au lendemain du scrutin que le mouvement de contestation possède un "caractère irréversible", et devrait atteindre son apogée durant l'été 2012. Selon elle, le président a tout à gagner à devancer les attentes des forces vives du pays, en ne se contentant pas de les réaliser avec un temps de retard. Sans quoi, ajoute-t-elle, des "élections anticipées seraient possibles suite aux Jeux olympiques de Sotchi" de 2014.

Derrière des chiffres éloquents, l'autorité qu'incarne Vladimir Poutine est ébréchée, et les défis sont importants. Le président aura fort à faire afin de colmater les fractures qui s'esquissent au sein de la société, et d'apprivoiser cette classe moyenne si turbulente apparue sous ses mandats successifs.

 

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

Convergences électorales

Viktor Tsoï, étoile filante du rock russe

Convergences électorales

Dialogue de sourds

Arithmétique des foules

Le "Versailles russe" en danger

Sélection présidentielle

Election des gouverneurs, le retour

La Russie entre deux passés

La Russie peine à gérer l'immigration clandestine

La fin des certitudes

  • Add to blog
  • Send to friend
  • Share

Ajouter à mon blog

Afin d'insérer un lien vers cet article, veuillez copier le code suivant dans votre blog

Code publication:

Prévisualisation:

RIA NovostiHugo NatowiczAncien nouveau président

15:36 06/03/2012 Le score impressionnant de Vladimir Poutine ne doit pas faire illusion: sa présidence devra s'adapter à une société russe en mutation rapide.>>

Envoyer à un ami

Champs à renseigner obligatoirement!

Partager

 FacebookTwitter TwitterViadeo Viadeo

Рейтинг@Mail.ruRambler's Top100
© 2014 RIA Novosti
Cette ressource pourrait contenir des informations déconseillées aux moins de 18 ans