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RIA Novosti

Tribune libre

Les Russes seront-ils un jour disciplinés?

Svetlana Koltchik
10:29 06/02/2012
"Les femmes ont la parole" par Svetlana Koltchik

Pendant mon récent voyage en Asie, j’ai observé une scène assez particulière dans le métro construit récemment à Bangkok. C’était l’heure de pointe, le métro était bondé, mais en attendant le train, les autochtones s’étaient néanmoins constitués en lignes parfaitement organisées.

Ils attendaient patiemment, un par un, en faisant bien attention à ce qu’il y ait suffisamment d'espace pour les passagers descendant du train. J’ai immédiatement pensé au métro de Moscou à l’heure de pointe, où la théorie de "la survie du plus fort" de Darwin prend tout son sens, et où l’on doit souvent déployer ses aptitudes au combat, à la fois physiquement et verbalement.

Je me suis souvenue à nouveau des Asiatiques disciplinés lorsque je me suis assise dans l’avion de Hong Kong pour Moscou. L’embarquement était terminé depuis longtemps, l’avion était sur le point de commencer à bouger, mais un groupe de russes bronzés, costauds et visiblement bourrés, revenant probablement de leurs vacances du Nouvel An, ne réussissaient pas à se calmer. Ils tournaient, se retournaient, se levaient constamment pour prendre quelque chose dans leurs sacs, pour discuter, pour donner quelque chose à leur voisin ou pour demander à boire. Pendant un certain temps, les minuscules hôtesses de Cathay Pacific, visiblement choquées, s’agitaient autour des tumultueux passagers comme des abeilles folles, en essayant de les faire s'asseoir de sorte que l’avion puisse enfin décoller.
Pourquoi nous, Russes, sommes-nous tellement opposés à l’ordre, me suis-je demandée ? Je ne veux pas parler maintenant de corruption, c’est un problème trop important pour être abordé dans cette colonne. Je veux parler de la façon dont nous suivons, ou plus souvent, ignorons au quotidien les règles de base de la vie en société (même si la corruption y est probablement liée).

Voyager à l’étranger et voir d’autres sociétés plus civilisées ne semble pas beaucoup nous aider jusqu’à présent. Je dois confesser que je ne fais pas exception ici. Le fait de vivre à l'ouest depuis un certain nombre d’années ne m’a en aucune manière transformé en un individu correct et respectueux de la loi. Non pas que je viole les lois à grande échelle, mais lorsqu’il s’agit de petites incivilités comme, disons, ne pas hésiter à prendre les sièges inoccupés, meilleurs et donc plus chers, au cinéma ou au théâtre, ou ne pas payer les factures d’électricité ou de gaz à temps, ou quelquefois prendre le bus sans billet ou traverser la rue au feu rouge, ou encore "négocier" pour éviter de faire la queue… j’ai tendance à faire tout cela sans beaucoup de remords.
Il me semble que la liberté que certains de mes compatriotes et moi prenons à désobéir aux règles pourrait d’une certaine manière faire partie de notre ADN.
"Nous ne faisons pas confiance à l’Etat et nous ne le respectons pas beaucoup, du coup nous pourrions même éprouver du plaisir lorsque nous réussissons à "battre le système", comme dit l’une de mes plus proches amies, rédactrice dans un mensuel économique réputé. Cette fille, qui est l’une des personnes les plus respectables que je connaisse, a aussi admis enfreindre les règles de temps en temps, y compris lorsqu’elle conduit. "Il y a tellement de corruption que tu t’en fiches quand toi aussi tu fais quelque chose d’à peine un peu illégal", dit-elle.

Peut-être que le fait de ne pas suivre les règles est, en effet, enraciné dans notre mentalité. Un de mes amis, que j’ai rencontré pour dîner à Hong Kong, s’est plaint à moi de ne pas avoir été capable d’éviter de payer une importante amende, reçue pour une violation mineure. Il n’était pas en train de corrompre les autorités, juste d’essayer de "négocier" avec elles, me dit-il. Ils n’ont pas accepté - dura lex sed lex (« la loi est dure mais c’est la loi, cet ancien principe romain semble prévaloir également dans le Hong Kong d’aujourd’hui). Mais mon ami, qui est le chef de bureau pour la Chine du sud d’une agence de presse russe de premier plan et qui a vécu en Asie pour plus d’une décennie, ne pouvait s’y résoudre. "Ils ne voulaient pas m’écouter, ces robots désespérants", se lamente-il.

Pourtant, en Russie, les choses sont en train de changer. Nous devenons progressivement, si ce n’est convenable, en tout cas plus civilisés. Grâce à l’augmentation des amendes et de quelques efforts anti-corruption, les conducteurs, en tout cas dans les grandes villes russes, se comportent maintenant beaucoup mieux sur la route. Ils respectent les autres conducteurs et même les piétons, les laissant passer galamment (une attitude qui n’existait tout simplement pas il y a à quelques années à peine). Dans les lieux publics, en dehors des situations extrêmes telles que les heures de pointe, nous sommes aussi devenus plus détendus et plus polis les uns avec les autres. L’étiquette dans les affaires est également en train de progresser. Et la responsabilité sociale augmente aussi, doucement mais sûrement.

Et alors qu’il reste vraiment beaucoup à faire en ce domaine, il y a de petites choses chez mes compatriotes qui sont assez enthousiasmants. Les Russes peuvent ne pas être très ponctuels et ils sourient rarement aux étrangers, mais une fois qu’ils connaissent une personne ne serait-ce qu’un tout petit peu, ils sont prêts à tout faire pour elle. Dans les transports publics, ils vont toujours se lever pour une personne âgée ou pour une femme enceinte, ce que je n’ai vu que très rarement à l’ouest. Ceci et beaucoup d’autres aspects uniques de notre caractère national ne devraient jamais changer.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

* Svetlana Koltchik, 33 ans, est la rédactrice en chef adjointe de l'édition russe du magazine Marie Claire. Elle est diplômée de la faculté de journalisme de l'Université de Moscou et de l'Ecole de journalisme de l'Université de Columbia à New York. Elle a travaillé dans l'hebdomadaire russe Argumenty i Fakty à Moscou, le journal USA Today à Washington et a écrit pour RussiaProfile.org ainsi que pour les éditions russes de Vogue et de Forbes.

La Russie a été toujours considérée comme une femme, et la notion de femme russe reste le stéréotype le plus répandu à l'égard des Russes, au sens positif mais aussi négatif. Mais n'est-ce qu'une fantaisie des hommes? Voilà une femme russe moderne, travailleuse et, disons, de plus en plus consciente de la globalisation, qui expose sa vision des tendances du monde contemporain, évoquant des questions de genre ainsi que des thèmes sociaux plus larges. Elle parle et laisse parler les autres femmes.

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