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RIA Novosti

Débats

La lutte contre les menaces réelles passe avant un nouveau conflit afghan

Dossier: Situation en Afghanistan

Alexeï Vlassov, directeur général du Centre d’étude de l’espace postsoviétique de l’Université d'Etat Lomonossov de Moscou
13:53 13/03/2012
Interview accordée par Alexeï Vlassov, directeur général du Centre d’étude de l’espace postsoviétique de l’Université d'Etat Lomonossov de Moscou

Alexeï Vlassov, directeur général du Centre d’étude de l’espace postsoviétique de l’Université d'Etat Lomonossov de Moscou partage avec RIA Novosti son point de vue sur les menaces pour la Russie et le reste du monde émanant d’Afghanistan.

La situation imprévisible en Afghanistan est la garantie que ce pays occupait, occupe et occupera une place importante dans la politique étrangère de tout dirigeant russe. Le premier ministre russe Vladimir Poutine a accordé une place importante à l’Afghanistan dans l'article de son programme La Russie et l’évolution du monde, notamment en faisant remarquer que la Russie est la cible d'une véritable agression à l’héroïne, tandis que non seulement la production de stupéfiants afghans ne diminue pas mais qu’en 2011 elle a même augmenté de près de 40%.

Monsieur Vlassov, dans son article sur la politique étrangère, Vladimir Poutine aborde dans la première partie le thème de l’Afghanistan et dit: "Nous ne sommes pas opposés à ce que l’opposition armée, y compris les talibans, se joigne au processus de réconciliation nationale, à condition qu’elle renonce à la violence, reconnaisse la Constitution du pays et rompe ses liens avec Al-Qaïda et d’autres organisations terroristes." Est-ce que cela signifie que la Russie partage les approches des Etats-Unis dans leurs tentatives actuelles de trouver un terrain d’entente avec les talibans et de se retirer en douceur d’Afghanistan?

A mon avis, dans cette partie de l’article de Poutine il est question d’une sorte de modèle parfait de règlement du conflit, qui en réalité a peu de chances d’être réalisé. Du moins, dans les conditions actuelles. Cela pourrait être une sorte de révérence à Washington, mais avec la conscience (ce qui est plus probable), que ces concessions de Moscou restent sur le papier. D’autant plus qu’elles sont assorties de toutes sortes de conditions dont certaines n’ont quasiment aucune chance d’être acceptées par les talibans. Et le passage concernant Al-Qaïda dans le contexte des discussions actuelles sur le caractère virtuel et mythique de cette organisation donne encore plus l’impression que cela reste principalement une démarche diplomatique, et rien de plus.

Que pourraient signifier ces propos du premier ministre en train de briguer la présidence: "Nous sommes prêts à envisager une augmentation significative de la participation de la Russie à l’opération d’aide au peuple afghan dans la lutte contre la narcomenace"? Bien sûr, en Russie tout le monde est alarmé par l'éventuel envoi en Afghanistan d'un contingent russe – et si ce n’est pas le cas, alors que pourrait-on faire d’autres dans ce sens?

Si je comprends bien, il est question de l’instauration d’un système de responsabilité collective antidrogue auquel seraient connectés tous les principaux organismes de sécurité de la région. Les compétences de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) et de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) pourraient en principe suffire pour lutter efficacement contre le trafic de drogue.

Mais la question concernant l’obtention des informations nécessaires de la part des organismes de l’Otan et la coordination des efforts visant à bloquer les filières d'acheminement de la drogue sont des thèmes qu’il est possible et qu’il est nécessaire de régler dans le cadre des approches communes. Or Washington ne fait pas toujours preuve de bonne volonté. Par conséquent, je pense qu’il n’est pas question de l’envoi d’un contingent militaire, mais Poutine met l'accent sur la nécessité d’une coopération loyale axée sur le renforcement de la nature systémique de la lutte contre la drogue en Afghanistan.

La situation dans l’ensemble nous conduira-t-elle à l’adoption d’une nouvelle politique régionale pour les pays situés au nord et au sud de l’Afghanistan?

A vrai dire, je n’ai vu aucune proposition de changement radical de la politique étrangère russe à ce sujet. Je voudrais souligner une nouvelle fois que Poutine a principalement répété des initiatives déjà annoncées, et il n’a rien proposé de foncièrement nouveau en ce qui concerne l’axe afghan.

Dans l’ensemble, le thème afghan n’est pas en première position dans l’article de Poutine, mais il occupe une place importante dans le contexte des nouveaux (anciens) défis et menaces, juste après le problème iranien et le programme nucléaire nord-coréen. A première vue, Vladimir Poutine répète ce qui a déjà été dit à plusieurs reprises: même si les Américains retiraient leurs troupes d’Afghanistan après 2014, ce serait la fin de l’opération, mais non pas la fin de la guerre. De plus, toutes les menaces et tous les risques émanant du territoire afghan demeurent et se multiplient: le trafic de drogue, le terrorisme et l’extrémisme religieux.

Entre autre, Washington menace la sécurité des pays d’Asie centrale, en cherchant à y déployer de nouvelles bases militaires, ce qui pourrait à terme conduire à l’implication du Tadjikistan, du Kirghizstan et de l’Ouzbékistan dans la confrontation avec les talibans.

Quelles recettes propose le premier ministre russe? De toute évidence, selon Poutine la priorité est la composante antidrogue qui représente également une menace pour la Russie elle-même. Dans ce sens, selon le premier ministre, la Russie est prête à participer plus activement aux problèmes afghans. Mais à condition que les intérêts de la Russie soient pris en compte de manière plus systémique, et que ces actions soient coordonnées par les organismes d’intégration: l’OTSC, l’OCS et l’ONU.

On constate que la rhétorique antidrogue de Poutine domine sur le discours portant sur l’avenir politique de l’Afghanistan. Par ailleurs, le premier ministre russe admet la participation des talibans au dialogue national en Afghanistan, mais à condition de respecter des règles du jeu précises. Or, comme on le sait, en Afghanistan on ne parvient pas à trouver un terrain d’entente à ce sujet. C’est la raison pour laquelle le "chapitre afghan" de l’article de Poutine est plutôt un sommaire, un résumé des postulats avancés par la diplomatie russe à chaque conférence internationale sur l’Afghanistan.

Il est à noter que Vladimir Poutine n’omet pas l’interaction du problème afghan avec l’avenir des pays d’Asie centrale, mais, malheureusement, les recettes pour régler le problème brillent par leur absence.

Bien sûr, l’OTSC et l’OCS n’ont pas encore dit leur dernier mot dans le cadre du problème afghan, mais pour l’instant ce ne sont pas elles qui établissent l’ordre du jour.

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