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RIA Novosti

Interviews

Karabakh: le Kremlin était impuissant face à la crise

Dossier: Règlement du conflit du Haut Karabakh

Haut-Karabakh
13:46 06/09/2011
Entretien avec Stepan Grigorian, un influent politologue arménien

Il y a 20 ans, le 2 septembre 1991, à Stepanakert, la capitale du Haut-Karabakh, s’est tenue une session conjointe des Soviets de la région du Haut-Karabakh et du district de Chahoumian. Les participants à la réunion ont adopté la Déclaration sur la proclamation de la République du Haut-Karabakh dans les frontières de la région autonome du Haut-Karabakh, du district de Chahoumian et d’une partie du district de Khanlar.
Stepan Grigorian, l’un des politologues arméniens les plus influents et chef du Centre d'analyse de la mondialisation et de la coopération régionale,  a évoqué la situation en Arménie à cette époque.

Qu'est-ce qui a motivé la proclamation d’indépendance de la République du Haut-Karabakh précisément en septembre 1991?


Avant de répondre à cette question, il convient de revenir légèrement en arrière et se souvenir de la situation à la fin des années 1980 du XXe siècle. Dans les grandes villes de l’URSS la perestroïka a conduit au renforcement des dispositions démocratiques, et à la périphérie elle a engendré l’espoir du rétablissement de la justice à l’égard des minorités ethniques. En particulier, les Arméniens de la région autonome du Haut-Karabakh, qui représentaient la majorité dans cette région, ont soulevé la question de sa réintégration dans la république socialiste soviétique (RSS) d’Arménie et du rétablissement des droits politiques, économiques et sociaux bafoués.

La volonté du retour de la région autonome du Haut-Karabakh au sein de la RSS d’Arménie et du rétablissement des droits des Arméniens de cette région était si forte en Arménie, qu’elle a conduit en février 1988 à la création du puissant Mouvement national arménien, une force politique qui a brisé le monopole de longue date du pouvoir du Parti communiste d’Arménie. Depuis sa naissance en février 1988, le mouvement du Haut-Karabakh comportait un puissant noyau démocratique. Ainsi, parmi toutes les républiques soviétiques, l’Arménie a été la première à adopter une nouvelle loi sur les élections au milieu de 1989. Elle permettait à tout citoyen de la République socialiste soviétique d’Arménie de se présenter aux élections au Soviet suprême d’Arménie en collectant des signatures auprès de la population (antérieurement les communistes arméniens avaient le monopole de la présentation des candidats aux postes de députés) et d’avoir leurs propres mandataires dans tous les bureaux de vote.

En mai 1990 ont été organisées les élections démocratiques libres au Soviet suprême d’Arménie (actuellement Assemblée nationale d’Arménie), qui ont permis de former un parlement multiparti. Ce parlement a adopté les lois sur la liberté de presse, les partis et les organisations publiques, la liberté religieuse, un ensemble de lois permettant de passer à une économie de marché, etc.

Malheureusement, le Kremlin communiste réagissait très mal à toutes les initiatives venant d’Arménie et du Haut-Karabakh. Le Kremlin contrôlait totalement les médias et les utilisait pour attiser la haine entre les peuples des républiques de Transcaucasie. Dans les reportages sur le conflit du Haut-Karabakh à la télévision et les articles dans les journaux on ne comprenait rien à l’exception du fait que des "extrémistes [organisaient] des manifestations et des marches", et que suite à ces événements des "gens de différentes nationalités étaient tués." Tandis qu’à l’époque on assistait à des rassemblements pacifiques de plusieurs centaines de milliers de personnes sur la place de la Liberté à Erevan en 1988-1990, où hormis le problème du Haut-Karabakh on soulevait également les questions de la démocratisation de la société arménienne, de la liberté d’expression, des droits de l’homme et de l’organisation des élections libres et justes.

Selon la tradition soviétique (en fait impériale) établie, le Kremlin a décidé de contrôler la situation en provoquant une confrontation entre les divers groupes ethniques, religieux et sociaux. Et on a assisté à une réaction violente non pas tant de l’Azerbaïdjan que du Kremlin en la personne du Politburo du Comité central du parti communiste à la décision politique prise par la session extraordinaire du Congrès des députés du peuple de la région autonome du Haut-Karabakh le 20 février 1988 portant sur la demande de quitter la RSS d’Azerbaïdjan et d’adhérer à la RSS d’Arménie. Il suffit de rappeler l’opération Koltso (Anneau) menée par les unités spéciales des forces du ministère de l’Intérieur de l’URSS utilisant des blindés sous prétexte de lutter contre des mouvements armés illégaux en mai-août 1991 dans les villages arméniens au nord du Haut-Karabakh, ainsi que dans le district de Chahoumian et le sous-district de Getashen d’Azerbaïdjan, qui s’est terminée par l'expulsion des Arméniens qui vivaient dans ces villages.

Tout cela a renforcé en Arménie et dans le Haut-Karabakh les positions des forces qui ne croyaient pas en la capacité du gouvernement communiste de régler pacifiquement et équitablement le problème du Haut-Karabakh, ainsi que de réformer les systèmes politique et étatique. Pour cette raison, déjà un an avant le putsch du Comité d’Etat pour l’état d’urgence (à Moscou), le 23 août 1990, le Soviet suprême de la RSS d’Arménie a adopté la Déclaration d’indépendance. Des documents similaires n’ont été adoptés dans les républiques voisines du Caucase qu’un an plus tard.

Le putsch du Comité d’Etat pour l’état d’urgence (en août 1991) ne pouvait rien changer dans la position de la nouvelle élite politique arménienne avec ses opinions modernes et démocratiques. D’autant plus que l’évolution des événements autour du problème du Haut-Karabakh, lorsqu’en 1988 une déportation massive des Arméniens d’Azerbaïdjan a commencé, a mis en évidence l’impuissance totale, ou peut-être la réticence du Kremlin à régler les problèmes les plus graves face auxquels se trouvait confronté le pays.

Il est à noter que les approches de l’Arménie et du Haut-Karabakh étaient quelque peu différentes. Stepanakert (la capitale du Haut-Karabakh - ndlr) comptait plus sur le pouvoir central. Mais après l’opération Koltso et la tentative d’un coup d’Etat du Comité d’Etat pour l’état d’urgence, les dirigeants du Haut-Karabakh ont cessé d’attendre et d’espérer un règlement positif du problème du Haut-Karabakh par Moscou.

Le Haut-Karabakh a fait sécession d’avec la RSS d’Azerbaïdjan en pleine conformité avec les dispositions de la constitution de l’Union soviétique. Notons une autre circonstance très importante, que Bakou préfère taire. Le 30 août 1991 le Soviet suprême d’Azerbaïdjan a adopté la Déclaration sur le rétablissement de l’indépendance de la république d’Azerbaïdjan sur la base de l’acte de proclamation de la République démocratique d’Azerbaïdjan en date du 28 mai 1918. La déclaration d'indépendance stipule que l’Azerbaïdjan contemporain est successeur de la République démocratique d’Azerbaïdjan. Et est-ce que le Haut-Karabakh en faisait partie à l’époque? Bien sûr que non. Par conséquent, à mon avis, en s’annonçant comme héritier de la République démocratique d’Azerbaïdjan, Bakou a accepté la sortie du Haut-Karabakh de l’Azerbaïdjan. D’ailleurs, en 1918 la Société des Nations (créée en 1919) avait déjà proclamé le Haut-Karabakh territoire litigieux.

Pour revenir à l’Arménie, il convient de noter qu’elle est la seule république de l’ex-URSS qui allait vers son indépendance en respectant les lois soviétiques en vigueur (une république souhaitant quitter l’URSS devait annoncer le début de la procédure un an plus tôt). Pendant le putsch du Comté d’Etat pour l’état d’urgence, le nouveau gouvernement arménien était, bien sûr, inquiet par la situation, cependant cela n’a pas ébranlé sa détermination d’organiser un référendum sur l’indépendance qui s’est tenu, comme prévu, le 21 septembre 1991. 94% de la population arménienne se sont prononcés en faveur de l’indépendance.

Et deux mois et demi plus tard, le 10 décembre 1991, à seulement quelques jours de l’effondrement officiel de l’Union soviétique, un référendum s’est tenu au Haut-Karabakh où la majorité absolue, 99,89% de la population, s’est prononcée en faveur de l'indépendance totale par rapport à l'Azerbaïdjan. Ce qui a marqué le début d'un conflit armé à grande échelle, à la fin duquel le Haut-Karabakh est devenu indépendant de facto. Mais c’est une tout autre histoire.


Propos recueillis par Gamlet Matevossian

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