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Débats

Fin et bilan de la présidence de Dmitri Medvedev

Dmitri Medvedev
14:13 03/05/2012
Par Marc Bennetts, RIA Novosti

Dmitri Medvedev, élu dès le départ pour un seul mandat, et dont le successeur au poste du chef de l'Etat russe était connu dès l'automne dernier, quitte le Kremlin le 7 mai, après y avoir passé quatre ans. Comment se souviendra-t-on de lui en Russie et à l'étranger et quel héritage laissera cet homme qui était à la fois successeur et prédécesseur de Vladimir Poutine?

Depuis le début, c'est-à-dire la brillante cérémonie d'investiture de mai 2008 au Palais d'Etat du Kremlin, Dmitri Medvedev avait peu de chances d'obtenir des résultats significatifs pendant son mandat, perçu par ses critiques comme le résultat d'une entente politique.

"Mesdames et Messieurs, le président de la Russie Vladimir…", ce sont les mots prononcés par le présentateur du forum énergétique de Saint-Pétersbourg, qui s'est tenu un mois après que Dmitri Medvedev ne fut investi des fonctions de chef de l'Etat en 2008. Le présentateur a compris son erreur avant de prononcer le nom de Poutine.

En s'approchant de la tribune, Medvedev n'a pu s'empêcher de rire, mais on a remarqué qu'il avait failli trébucher. Cependant, ce lapsus aurait pu symboliser sa présidence, au cours de laquelle il tentait en vain d'échapper à l'ombre de son influent "maître à penser", qui a dû quitter son poste en raison des dispositions de la constitution russe, qui interdit d'exécuter plus de deux mandats consécutifs, mais qui ne donne aucune précision sur les mandats suivants.

Le lendemain de l'investiture de 2008, le nouveau président russe a nommé Vladimir Poutine au poste de premier ministre, et ils ont commencé à gouverner le plus grand pays du monde en tandem: en 2010, dans une dépêche diplomatique de l'ambassade des Etats-Unis à Moscou, devenue de notoriété publique, Medvedev a été baptisé "Robin de Batman-Poutine."

Medvedev mesure 1,63m et est de taille inférieure à Poutine, qui n'est déjà pas bien grand, ce qui lui a rapidement valu le surnom de "nano-président" de la part des blogueurs. Ironie du sort, mais c'est le nouveau chef du Kremlin, Dmitri Medvedev, qui a apporté une contribution considérable au renforcement de leur rôle dans la société russe.

Et lorsqu'en septembre 2011 Medvedev a déclaré qu'il ne se représenterait pas et soutiendrait le retour de Poutine, "l'homme politique le plus influent du pays", il a donné à ses opposants des verges pour se faire battre et se laisser accuser d'inutilité politique, et même pire. Certes, Poutine a accepté de le nommer au poste de premier ministre, mais certaines personnes, y compris dans l'entourage de Poutine, expriment des doutes quant à l'habilité de Medvedev à ce poste.

On pourrait parler de fin sans gloire d'une présidence, qui semblait à un certain moment si prometteuse.

Les grandes espérances

Dmitri Medvedev, qui est fan du groupe rock Deep Purple, ressemble physiquement et par son comportement à un scientifique et s'intéresse aux hautes technologies, a été initialement perçu par la classe moyenne russe et les commentateurs occidentaux comme un libéral et un contrepoids à l'ancien officier du KGB Poutine qui possède un large répertoire d'expressions choquantes. Le fait qu'il était le premier dirigeant russe dont l'opinion politique s'est formée sans l'influence de travail dans le système de gestion soviétique a également été important.

En dépit d'une loyauté indéniable envers Poutine, son compatriote de Saint-Pétersbourg, Medvedev, ancien avocat et ancien président du géant énergétique russe Gazprom, au cours des quatre années à la barre du pays a parfois fait preuve d'indépendance, en se permettant de critiquer indirectement Poutine sur les questions telles que la Libye ou concernant l'ancien oligarque en détention Mikhaïl Khodorkovski.

"La liberté vaut mieux que l'absence de liberté", a déclaré Medvedev au début de son mandat. Lorsqu'en décembre dernier des manifestations antigouvernementales et anti-Poutine sans précédent ont eu lieu, c'est Medvedev, selon la presse se référant aux sources du Kremlin, qui avait ordonné à la police d'utiliser la tactique douce envers les manifestants. Et c'est Medvedev qui a proposé de larges réformes impliquant le retour de certaines libertés politiques, limitées par Poutine en 2004 dans le cadre de la lutte contre la situation qu'il qualifiait d'"épidémie du krach", menaçant la sécurité nationale.

Mais en dépit de toutes les déclarations de Medvedev sur une société plus ouverte, ces réformes n'ont pas été intégralement mises en œuvre. Medvedev n'a pas non plus réussi à atteindre les objectifs fixés de modernisation, de libéralisation et d'éradication de la corruption profondément ancrée dans la société russe. Début 2011, il a reconnu que sa campagne contre la corruption était pratiquement "inefficace", et que les sceptiques lui avait promis non sans raison l'échec de la lutte contre la corruption, qui vaut à la Russie à chaque fois approximativement la 150e place dans le classement des pays corrompus, établi par l'organisation non gouvernementale Transparency International de Berlin. Cependant, dans son dernier message adressé à l'Assemblée fédérale (les deux chambres du parlement russe réunies) fin avril, Medvedev a lancé un défi à ce système, en déclarant que la lutte pour l'élimination de la corruption en Russie n'était pas terminée.

Néanmoins, beaucoup ont perçu la promesse de Medvedev de continuer la lutte contre la corruption en tant que premier ministre une nouvelle fois comme des paroles en l'air qui, selon de nombreux critiques, caractérisent toute la présidence de Medvedev.

"Enormément de choses ont été annoncées pendant sa présidence, mais très peu a été fait, déclare Elena Pozdniakova, analyste du Centre de technologies politiques de Moscou. Les gens ont fondé beaucoup d'espoir dans Medvedev, mais en fin de compte il les a déçus."

"Medvedev n'a pas laissé derrière lui d'impression marquante, déclare Sergueï Mikheïev du Centre de conjoncture politique. Il est difficile de dire quelque chose de précis."

"Il a agi de manière assez controversée et le caractère amorphe de son mandat ne permet pas de se faire un avis concret sur lui, déclare Sergueï Mikheïev. On s'en souviendra comme d'un président de second rang contrôlé par Poutine."

Beaucoup estiment également qu'il s'efforçait beaucoup trop de ressembler à Poutine. Seulement quelques mois après son investiture, le discours généralement souple de Medvedev a subi de sérieux changements, il s'était mis à parler de manière laconique, et ce style ressemblait fortement à celui de son prédécesseur.

"Bien sûr, tout cela était fait à dessein, déclare Elena Pozdniakova. Pour faire ressembler Medvedev au président que la majorité de l'électorat russe voulait voir – un dirigeant ferme et fort."

Approuvé par les libéraux

Mais même si le mandat de Medvedev n'a pas répondu aux attentes, ses années de présidence ont coïncidé avec la renaissance d'un intérêt pour la politique qui n'avait pas été observé en Russie depuis le début des années 1990. La "classe créative" libérale, comme on qualifiait à l'époque de Medvedev les Russes instruits devenus aisés depuis peu de temps, même si elle n'a pas été soutenue par le plus jeune dirigeant du pays depuis un siècle, a été approuvée par lui.

Poutine a tenté de s'attribuer le mérite de la participation aux manifestations de l'hiver dernier de la jeune génération en qualifiant cet engagement de produit de sa présidence depuis 2000, mais beaucoup sont convaincus que la politisation subite d'une génération considérée auparavant comme apathique et s'intéressant seulement aux nouveautés techniques s'est produite à l'époque de Medvedev.

"En critiquant fermement la situation, Medvedev a créé une atmosphère dans laquelle la classe moyenne a pu devenir politisée, déclare Alexander Rahr, directeur du Centre Berthold Beitz de Berlin, qui étudie la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et l'Asie centrale. Il a poussé les jeunes vers les changements."

"Il a essayé de mener une politique libérale, mais n'a réussi qu'à moitié, a ajouté Alexander Rahr. Il n'avait peut-être pas sous la main les bonnes personnes, ou il n'a pas réussi à faire appel à elles, mais il a jeté les bases des futurs changements en Russie."

Néanmoins, beaucoup d'experts jugent avec scepticisme les succès de la gouvernance de Medvedev et ses mérites libéraux souvent mentionnés.

"A l'époque de Medvedev on constatait un énorme écart entre les discussions sur la démocratie et la réalité, déclare Lilia Chevtsova du Centre Carnegie de Moscou. Medvedev a infligé un grand préjudice à l'institution démocratique en Russie et porte une immense responsabilité pour la discréditation de cette institution."

Elle a également fait remarquer que la contradiction entre les promesses de Medvedev et les réalités politiques russes était à l'origine des manifestations qui ont secoué Moscou l'hiver dernier.

"Aujourd'hui, pour les Russes instruits Medvedev est comme Leonid Brejnev pour la population soviétique – il suscite un sentiment d'aversion", déclare Lilia Chevtsova.

La scène mondiale

Quelques mois après la prise de ses fonctions, Medvedev a été confronté à l'une des plus grandes crises de politique étrangère de tout son mandat, lorsqu'en août 2008 la Géorgie voisine a soudainement attaqué l'Ossétie du Sud qui s'était séparée de Tbilissi.

La minuscule Ossétie du Sud, tout comme une autre république, l'Abkhazie, ont fait sécession avec l'ancienne Géorgie soviétique après le conflit sanglant de l'époque de la perestroïka, et en 2008 la majeure partie de sa population de 70.000 habitants avait des passeports russes.

Bien que l'Ossétie du Sud ne fasse pas partie de la Russie, les forces russes de maintien de la paix se trouvaient sur son territoire, dont certains membres ont été tués pendant l'attaque géorgienne contre la capitale Tskhinvali, et Medvedev a ordonné à l'armée russe de riposter. En même temps, c'est Medvedev qui a ordonné de retirer les troupes qui avaient progressé en territoire géorgien et a ouvert les négociations avec le président français Nicolas Sarkozy, qui avaient pour but de mettre fin à cette guerre de cinq jours.

"En dépit des déclarations fermes pendant les combats, il était en réalité un diplomate capable de mettre fin à la guerre, de renoncer à l'entrée des troupes russes à Tbilissi et d'accepter de négocier avec l'Occident pour stabiliser la situation", déclare Alexander Rahr.

Le mandat de Medvedev a également coïncidé avec le "redémarrage" des relations bilatérales entre la Russie et les Etats-Unis, dont on a tellement parlé, et la signature d'un traité d'importance cruciale sur le contrôle des armes nucléaires avec la Maison blanche (START III). Cependant, il reste des différends considérables concernant le plan américain de déploiement du système de défense antimissile (ABM) en Europe.

"On s'en souviendra comme d'un président qui a signé avec les Etats-Unis le Traité de réduction des armes stratégiques (START III) et qui a fait un pas vers l'élimination du dernier héritage de la guerre froide, a fait remarquer M. Rahr. Ce n'était pas facile, car beaucoup d'hommes politiques influents en Occident étaient en faveur d'une politique de dissuasion à l'égard de Moscou, et non pas d'un rapprochement avec la Russie."

Bien que Medvedev s'attribue le mérite de l'établissement des "meilleurs relations russo-américaines de toute l'histoire" vers la fin de son mandat, beaucoup devinent qui tire en réalité les ficelles.

"On se souviendra de Medvedev comme d'une figure souple de la politique étrangère russe, déclare Steven Pifer, expert à la Brookings Institution Washington. Toutefois, Washington a toujours supposé que le premier ministre Poutine jouait un rôle important dans la prise de décisions en termes de politique étrangère. S'il s'y était opposé, ni le redémarrage, ni le START-III, ni le soutien de la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies instaurant un embargo sur la fourniture d'armes à l'Iran n'auraient vu le jour."

L'utilisation d'internet

Le mandat de Medvedev a également coïncidé avec la hausse significative d'activité sur internet en Russie, où on compte plus de 50 millions d'utilisateurs, autrement dit le plus grand nombre d'internautes en Europe, selon la revue réalisée en septembre 2011 par la compagnie ComScore, chargée d'études dans le domaine d'internet.

Contrairement à Poutine, considéré comme technophobe, Medvedev utilise les nouvelles technologies, par exemple, il a une page sur Twitter (dont on se moque de façon impitoyable) et souhaite personnellement un joyeux anniversaire aux Russes dans les réseaux sociaux. Au milieu de son mandat, les utilisateurs internet l'ont qualifié de "principal blogueur russe", en faisant allusion à sa faiblesse politique et sa passion pour internet.

"Sans doute, du moins dans une perspective historique, on mettra au crédit de Medvedev une certaine croissance de l'activité internet en Russie, par exemple, l'apparition d'activistes tels qu'Alexeï Navalny, un blogueur connu qui lutte contre la corruption. Medvedev aurait pu mettre fin à tout cela, mais il ne l'a pas fait", déclare Alexandre Morozov, l'un des principaux blogueurs de Russie qui dirige le Centre d'analyse des études médiatiques.

"Toutefois, tout n'était pas autorisé, a ajouté Alexandre Morozov. Pendant le mandat de Medvedev, certains représentants radicaux de la communauté web ont été persécutés, et il n'a rien fait pour y mettre un terme."

Alexeï Navalny, qui cherchait à percer à jour la corruption parmi les bureaucrates et les hauts fonctionnaires russes, est devenu l'un des représentants les plus connus de la nouvelle génération de militants internet qui s'adressent à un public qui a soif d'actualités et de commentaires indépendants et qui est fatigué des médias nationaux contrôlés par le gouvernement. La communauté internet russe a également participé de manière active à l'organisation et au soutien des manifestations anti-Poutine, qui menaçaient pendant une courte période de changer à jamais le champ politique russe.

Il est à noter que Medvedev permettait sur internet de plaisanter à son sujet, en apportant au gouvernement et au Kremlin une certaine légèreté, ce qui était inconcevable à l'époque de Poutine, sévère et ascétique. Lorsqu'en 2011 sur la chaîne YouTube a été diffusée une vidéo avec Medvedev dansant sur le tube soviétique "American boy", le président a répondu à l'un des commentaires, dont l'auteur disait que Medvedev dansait comme son père, par un post amusant sur Twitter: "Vu l'âge, c'est apparemment le cas."

La porte-parole de Medvedev a déclaré plus tard que le président "n'avait pas compris" la décision de supprimer la parodie de sa danse d'une émission de télévision. "Le président prend très calmement les parodies, a déclaré la porte-parole Natalia Timakova. Il a même partagé les meilleurs parodies sur sa page Twitter."

Un avenir prospère?

En répondant aux questions pendant une interview télévisée en direct accordée à une semaine de la fin de son mandat présidentiel, Dmitri Medvedev a reconnu que "quatre ans sont une courte période" et qu'il n'avait simplement pas eu le temps de mettre en œuvre toutes les réformes dont il avait parlé.

Cependant, dans cette interview d'adieu en tant que président, il a déclaré que pendant son mandat il n'avait pas éprouvé de sentiment de déception.

"Bien sûr, j'ai connu des périodes de mauvaise humeur, a-t-il déclaré dans l'interview diffusée à la télévision nationale dans la seconde moitié du mois d'avril. Voire de très mauvaise humeur. Mais je n'ai jamais été désespéré."

Et certains experts estiment qu'une période plus efficace d'activité l'attend au poste de premier ministre.

"Son héritage sera plus notable s'il poursuit sa politique de libéralisation au poste de premier ministre, déclare l'analyste Alexander Rahr. Il sera alors considéré comme l'homme qui a détourné la Russie de l'autoritarisme."

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction  

 

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