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Débats

La Journée de la science en Russie, une triste fête

La Journée de la science en Russie, une triste fête
20:38 08/02/2011
Par Dmitri Babitch, RIA Novosti

La Journée de la science russe, célébrée le 8 février, a été instaurée par un décret du premier président de la Russie Boris Eltsine en 1999, en l’honneur de l’anniversaire de la création de l’Académie des sciences fondée par Pierre le Grand. De toute évidence, le premier président russe, en ouvrant les yeux surles funestes conséquences de sa présidence pour la recherche, a décidé d’enjoliver le tableau en ajoutant une date spéciale dans le calendrier. Il suffirait de dire que, selon les estimations de la commission de l’Académie des sciences de Russie chargée de la lutte contre les pseudosciences et les falsifications des recherches scientifiques, les tirages des revues scientifiques entre 1990 et 2000 ont été divisés par 100.

N’idéalisons pas la période soviétique de la science nationale. Il y a eu le "lyssenkisme" (persécution des scientifiques pour leurs opinions à l'époque de Staline par les "adeptes" de Trofim Lyssenko, président de l'Académie des sciences agronomiques de l'URSS, relevé de ses fonctions en 1965 - ndlr) et la campagne de lutte contre le cosmopolitisme qui a failli aboutir à l'abolition de la physique, laquelle s'est par la suite montrée très utile au régime. Beaucoup d’éditions scientifiques, dont les tirages ont été divisés par 100, ne sont pas une grande perte. Car parallèlement à la physique et aux mathématiques soviétiques tout à fait brillantes prospéraient de véritables pseudosciences: le "communisme scientifique", l’économie politique soviétique basée sur les dispositions du Kratky kurs (cours abrégé) du camarade Staline, l’histoire du parti communiste, etc. Toutes les pseudosciences se reconnaissent à leurs fruits. Dans ce sens, la Bible, proclamée en URSS livre antiscientifique, a été bien plus prévoyante que ses critiques soviétiques. Les fruits de l’économie soviétique ont été très amers. Sinon, le pays ne les aurait pas recrachés après en avoir été gavé pendant 70 ans.

Néanmoins, la foi soviétique souvent naïve avait un fond sain. Après des essais et des erreurs les dirigeants soviétiques ont compris que pour obtenir de bons résultats, il ne faut par s'ingérer directement dans le travail des scientifiques, il ne faut pas permettre aux personnes incompétentes de se mêler de science.

Ce n’est pas par hasard que les scientifiques sont devenus les premiers libres penseurs officiels en Russie en 50 ans. Car en 1966, ce sont les académiciens qui se sont opposés à la réhabilitation rampante de Staline en signant la lettre des vingt-cinq. 20 ans auparavant, la discussion avec les signataires de lettres bien plus innocentes aurait été écourtée: cela conduisait directement au peloton d'exécution. Et être scientifique était une circonstance aggravante. On ne s'embarrassait de façons avec les scélérats et les ennemis de classe! Mais à l’instar de la Seconde guerre mondiale qui a appris Staline à un certain moment de ne pas s’immiscer dans les affaires des généraux, la guerre froide à ôté à Khrouchtchev et Brejnev, lentement mais sûrement, l'habitude d'interférer dans les affaires des scientifiques. Vers la fin de la période soviétique, la science était une oasis de stabilité matérielle et de relative liberté, ainsi qu'un ascenseur permettant aux travailleurs les plus honnêtes et les plus talentueux de s'élever dans l'échelle sociale.

Dans les années 1990, la science a cessé d’être une vache sacrée en termes de personnel. Entre 1984 et 2011, le nombre d’académiciens a plus que doublé (en passant de 249 à 522), sachant que l’Académie des sciences de l’URSS était présente par le biais de ses filiales dans les anciennes républiques soviétiques.

Les fonctionnaires gouvernementaux, les anciennes personnalités ayant des relations influentes et les hommes d’affaires importants ont intégré massivement l'académie. Les intentions paraissaient nobles: les instituts de recherches scientifiques dans une situation financière désastreuse avaient besoin de ce genre de dirigeants. Un ministre à la retraite était mieux placé pour comprendre les problèmes de l’économie russe contemporaine en prenant la direction d'un département dans un institut académique prestigieux. De plus, ces messieurs n'exigeaient pas des salaires exorbitants, ils avaient d’autres sources de revenus.

Or, l’arrivée de nouveaux responsables a été assortie de la perte de l’indépendance toute relative acquise par la science russe vers la fin de la période soviétique. Depuis 2006, le président de l’Académie des sciences de Russie est nommé par le chef de l’Etat; la charte de l’académie et les présidents des académies sectorielles sont désignés par le gouvernement. Le gouvernement s’est octroyé le droit de fixer le nombre d’académiciens et de membres correspondants de l’Académie des sciences de Russie, ainsi que leurs salaires. L’assemblée général de l’académie ne pouvait qu’indirectement influencer ce processus avec ses "suppliques."

En l’absence d’indépendance, il n’existe pas d’autocontrôle. Pourquoi serait-il nécessaire s’il existe un "contrôleur possédant plus de galons"? Ainsi dans le débat sur les filtres miracles de Viktor Petrik qui transformeraient l’eau irradiée en eau potable, la voix du président de la Douma (chambre basse du parlement russe) Boris Gryzlov a pratiquement plus de poids que celle de la commission de l’Académie des sciences de Russie chargée de la lutte contre les pseudosciences et les falsifications. Gryzlov a apprécié les filtres, mais ce ne fut pas le cas des scientifiques qui ont été taxés "d’obscurantisme" dans les sphères gouvernementales. Et la Cour d’arbitrage de Saint-Pétersbourg a rejeté les accusations formulées dans la presse contre Petrik et a condamné les journaux qui avaient déclaré que les filtres étaient dangereux pour la santé des gens à dédommager leur inventeur.

Parfois la démocratie dans la science est nuisible. Mais il n’existe qu’un seul moyen de séparer la bonne graine de l'ivraie que l’on doit à la méthode des essais et des erreurs. Il s’agit de l’expertise gouvernementale ouverte réalisée par des scientifiques reconnus. Autrement dit, des personnes dont les articles sont publiés dans des revues scientifiques réputées, des experts dont la liste s'est établie au cours des ans. Aujourd’hui, il est nécessaire de restaurer ce système d'expertise.

Après l’ingérence des gens incompétents, le secret et l’opacité sont le principal ennemi de la science. Or, en Russie, cet ennemi est de plus en plus puissant. Les plus grands projets nationaux, y compris dans le domaine de l’Espace et des communications, sont supervisés par des militaires, d'anciens militaires ou des agents des services spéciaux. Il est difficile de croire en leur aspiration au débat public et à la coopération internationale. Ils sont très souvent "aidés" par des comptables qui ne voient dans la science qu’une source inépuisable d’économies budgétaires. Probablement, les militaires, les comptables et les politiciens sont-ils nécessaires au bon fonctionnement de la science. Mais à condition qu'ils ne sortent pas du cadre de leurs compétences.

Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti.

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