Qu'est-ce la Fédération de Russie? Une question en suspens

© RIA Novosti . Yan Tichonov / Accéder à la base multimédiaLettonie, 1991
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Les événements dans les Etats baltes en janvier 1991 ont constitué un tournant qui a marqué le début du compte à rebours rapide de l’histoire de l’Union soviétique.

Les événements dans les Etats baltes en janvier 1991 ont constitué un tournant qui a marqué le début du compte à rebours rapide de l’histoire de l’Union soviétique. Ils ont clairement mis en évidence que dans la confrontation entre les "forces destructrices" et les partisans de la "loi et de l’ordre", les premiers étaient doués de la volonté et de la connaissance de ce qu’ils voulaient, alors que les seconds ne possédaient ni l’une, ni l’autre.

Cela a probablement conduit au fait que vingt ans plus tard les élites des pays Baltes ont atteint tous leurs objectifs politiques (le bonheur que cela a apporté à leurs peuples est un tout autre sujet), et l’élite russe, le successeur de l’élite soviétique, tourne en rond, incapable de formuler une stratégie.

Il y a vingt ans, une grande partie de la population soviétique éprouvait de la honte. Certains parce que les autorités soviétiques réprimaient brutalement l’aspiration des gens à la liberté. D’autres étaient désespérés en raison de l’impuissance et de l’incohérence avec laquelle le Kremlin agissait. Et lorsqu’après l’échec de la tentative de rétablir le pouvoir soviétique à Vilnius et à Riga, il s’est avéré que Moscou réfutait toute implication dans les événements en faisant "porter le chapeau" aux exécutants, il était devenu impossible de se défaire du sentiment de dégoût.

Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire, donc au final les livres d’histoire seront écrits par ceux qui sont arrivés à leurs fins: les pays Baltes. A leurs yeux, les événements de janvier 1991 sont un symbole du mythe national, en l’absence duquel un Etat stable n’existerait pas. Et bien que les débats sur les circonstances concrètes de ces événements se poursuivent, l’interprétation générale ne changera pas. La libération du monstre soviétique totalitaire sera, aussi bien en Europe de l’Est qu’en Europe centrale, le point de référence et la source de légitimité, du moins tant que la menace à la souveraineté et à l’indépendance ne viendra pas d'ailleurs. Et toutes les autres interprétations, que ce soit du rôle des forces extérieures, des provocations délibérées, des ambitions personnelles ou de la politicaillerie des combattants de l’indépendance, demeureront marginales.

En vingt ans, Moscou n’a toujours pas arrêté son attitude envers cette époque. Tout au début, la Russie a tenté d’intégrer les rangs des "jeunes démocraties" et de suivre la même logique que les nationaux démocrates des confins de l'Union soviétique et de l’Europe de l’Est. Il est devenu rapidement clair que c’était impossible. A leurs yeux, la Russie représentait un point de départ naturel, et la voie menait vers l’Occident, vers la "famille des peuples européens", à laquelle ils avaient été arrachés par le Kremlin au XXe siècle. La Russie ne pouvait pas échapper à elle-même. Pays tronqué et à demi-délabré après l’effondrement de l’URSS, la Russie restait une grande puissance avec la psychologie et l’histoire qui vont avec cela, ainsi que la responsabilité du vaste espace eurasiatique.

Moscou ne pouvait pas s’en séparer, parce que les conséquences d’une désintégration postsoviétique incontrôlée se seraient abattues sur la Russie. (En fait, le rôle très positif et peu reconnu que la Russie à joué en Eurasie dans les années 1990 attend toujours une évaluation objective).

La Russie avait la possibilité de se démarquer fortement du communisme en déclarant une bonne fois pour toute que le régime soviétique était le seul responsable des atrocités, y compris de celles commises contre la population des pays Baltes. Qui plus est, reconnaître officiellement en tant que prouesse hautement méritoire le fait que c’est précisément la Russie avec à sa tête Boris Eltsine qui a apporté une contribution décisive à la destruction de l’empire soviétique. Mais la nation n’y était pas préparée à l’époque, et ne semble toujours pas prête. En l’absence d’autres fondements idéologiques, le mythe stalino-soviétique s’est avéré particulièrement tenace. D’autant plus qu’il ne pouvait être aucunement question de renoncer à la succession de l’Union soviétique, car à l’époque la Russie aurait perdu les outils internationaux qu’elle avait reçus au titre d'héritière de l’URSS.

L'incertitude mentale est immédiatement survenue. Aucune nouvelle idée russe autosuffisante n’est encore apparue. Le véritable revanchisme était impossible: le pays se trouvait dans un état catastrophique et a lutté pendant longtemps pour conserver au moins ses nouvelles frontières. Et personne ne souhaitait se glorifier de son propre rôle joué dans l’effondrement de l’URSS. Même le président Boris Eltsine trouvait apparemment les "lauriers" de terminateur de l’URSS trop pesants.

Par conséquent, tant que la société russe n’a pas répondu à elle-même à la question de savoir ce qu’est la Fédération de Russie. Un Etat à part entière né en 1991 et qui poursuit l’histoire nationale millénaire avec tous ses zigzags ou un fragment de notre "véritable" Patrie qui s’est effondrée vingt ans auparavant et qui, en fait, n’a aucune perspective sous sa forme actuelle. Et les relations avec les anciennes républiques soviétiques dépendront de la réponse à cette question.


Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti

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