Le Halloween diplomatique turco-français

Le Halloween diplomatique turco-français
S'abonner
M. Hollande a jugé bon se rendre en Syrie pour des négociations-éclair avec M. Erdogan. Pour peu médiatisée au niveau international qu’elle paraisse, cette nouvelle n’en est pas moins importante parce que porteuse d’une nouvelle vague de violences à la frontière syrienne. Et quoi qu’on en dise l’Elysée se lancerait de nouveau dans une aventure aux côtés de tels Etats comme la Turquie et peut-être même l’Arabie Saoudite et d’autres puissances régionales.

Auteur des « Egarés », un ouvrage portant sur les tenants et les aboutissants de la conjoncture actuelle de la poudrière proche-orientale, Jean-Michel Vernochet décortique le contexte épineux de ce buisson ardent en train de s’enflammer pour de bon. Et la logique est celle de la nuit de Halloween c’est-à-dire diabolique et sulfureuse.

La Voix de la Russie. Pourquoi, d’après vous, François Hollande a jugé bon se rendre en Turquie pour négociations sur la Syrie ?

Jean-Michel Vernochet. Tout tourne autour du siège de la ville de Kobané depuis 16 septembre très exactement. On saut qu’après bien d’atermoiements Ankara a accepté d’acheminer 155 combattants kurdes de Peshmerga et on en a vu le convoi s’en allant vers la frontière. Mais personne ne nous aurait dit que ce convoi de 155 hommes ait franchi la frontière grillagée, minée à la fois pour empêcher les Kurdes de venir se réfugier en Turquie et pour empêcher aussi les combattants de rejoindre leurs frères d’armes ou de sang en Syrie. En fait M. Erdogan cache de moins en moins son jeu qui est extrêmement équivoque : il ne faut pas oublier que la Turquie est membre de l’OTAN aussi, son pilier oriental. Ce pays se distingue de la coalition anti-DAECH, Etat Islamique assez particulièrement. Pourquoi ? Mais parce que l’on sait que DAECH est une création occidentale mais qui s’étend trop. Donc il faut le contenir, canaliser et contrôler !

Pour M. Erdogan c’est aussi sa créature, car il l’a hébergé, servi de base arrière et armé. Et il veut faire de ce fameux Etat Islamique un instrument et un bras armé ou en tout cas un prétexte pour de facto conduire la guerre contre le régime de Damas et son gouvernement légitime qui est baassiste histoire de reprendre en main la situation de l’été 2013 lorsque M. Obama avait renoncé à effectuer les frappes et aidé les différents rebelles que l’on sait déjà d’être d’Al-Nusra, une faction d’Al-Qaïda, concurrente rivale parfois alliée et parfois hostile ou ennemie des gens d’Etat Islamique ou l’Armée Syrienne Libre, aidée par la France.

Or aujourd’hui il y a un rapprochement entre la France et la Turquie puisque MM. Hollande et Erdogan sont d’accord pour alimenter et soutenir l’effort de l’Armée Syrienne Libre qui est une version concurrente ou rivale d’Al-Nusra et de L’Etat Islamique mais en aucun cas une entité à vocation plus modérée ou plus acceptable au regard des droits de l’Homme.

LVdlR. La France aurait-elle un rôle clé à jouer ou elle ne fait que seconder la Turquie ?

Jean-Michel Vernochet. La France a beaucoup de chats à fouetter ! Nous venons de perdre un homme au Mali… Nous sommes engagés dans une opération lourde et de longue durée en Centre-Afrique… Il y a aujourd’hui une agitation en Afrique de l’Ouest. La France sera impliquée ou est déjà impliquée d’ailleurs dans ces événements puisqu’il faut se souvenir que la ministre socialiste qui n’était plus ministre à ce moment-là Mme Guigou, ministre de la Justice, avait soutenu dans les instances internationales que le Président Compaoré était un « homme de paix ». Les Occidentaux parfois ou presque toujours font des choix politiques extrêmement malheureux !

Donc la France a opéré quelques micro-frappes cosmétiques tandis que les Américains au Kobané interviennent presque quotidiennement. Ils ont largué des armes et des vivres dont la moitié est tombée du côté de l’Etat Islamique. La France simplement s’entend sur une stratégie régionale et n’apportera un soutien qui sera d’ordre diplomatique et politique. Il y a un axe qui se dessine et qui est certainement un axe divergent. Il faut relier cela à Ryad et à l’Arabie qui aussi soutient les Frères Musulmans un petit peu partout et notamment en Syrie. Donc on a un axe qui existe là et par la force des choses, la France n’aura qu’à jouer un rôle secondaire.

Commentaire. La France a peut-être un rôle secondaire à jouer mais ensemble avec les Etats-Unis elle a fait sauter le verrou de la Lybie pour étendre sa participation à d’autres régions proche-orientales sans parler du Mali et de toute la problématique africaine évoquée par M.Vernochet. Cependant, au lieu de faire porter le chapeau à l’Elysée, je changerais plutôt d’optique me posant la question n’est-on pas déjà aux prémices de la prochaine Guerre Mondiale pressentie depuis des lustres ? Et si c’est le cas, la seule chose que puisse faire L’Hexagone c’est de retarder au maximum son inexorable avancée vers les marches du territoire européen. Donc la France ne serait pas à blâmer pour cet activisme proche-oriental et la bougeotte de Hollande mais plutôt à plaindre.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала